Le gouvernement, dans son ensemble, n’avance aucun chiffre qui pourrait lier instruction en famille et radicalisme.

Une étude des chercheurs Philippe Bongrand et Dominique Glassman montre comment le discours officiel sur les enfants qui bénéficient de l’école à la maison s’est durci depuis 1999 avec le soupçon de radicalisme : “ces profils de familles existent, comme nos enquêtes en cours auprès de parents ou d’agents chargés de leur contrôle permettent de le documenter. Mais les connaissances actuelles ne permettent en rien d’affirmer qu’elles seraient prépondérantes parmi les familles qui instruisent hors établissement”.

Un cas concret : l’Indre-et-Loire

D’après l’académie de Tours, sur 364 enfants scolarisés à la maison en 2021, seulement 3 sont suspectés d’être radicalisés et suivis en conséquence.

L’amalgame des autorités

Le 6 octobre 2020, le ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin diffusait une note aux parlementaires dans laquelle il donnait, comme raison de l’interdire, l’exemple d’une école clandestine salafiste, commettant non seulement une faute d’accord – on voit bien qu’il n’a pas été instruit à la maison 😉 -, mais surtout un nouvel amalgame, dans la droite ligne des mots du Président (qui lui-même ne sait pas conjuguer « les traces qui nous permettrons »).

Aucun chiffre réel n’est avancé

Le 18 novembre, sur Europe 1, à la question « avez-vous un chiffre, un lien documenté, qui fait le lien entre les enfants qui sont instruits en famille, la radicalisation, le séparatisme ? quel est le rapport ? » le ministre de l’intérieur bottait encore en touche : « c’est un point très important, si nous n’étions pas en état de guerre contre le terrorisme, nous l’embêterions pas les gens avec leurs habitudes : nous devons condamner ces dérives sectaires, islamistes. » Pourtant, sur Radio Classique, dès le 6 octobre, le ministre s’était défendu autrement : « Ce n’est pas le seul objet du texte qui s’adresse à tous les cultes, contre tous les mouvements sectaires, impose la neutralité politique et religieuse ». En réalité, les différentes enquêtes de la Miviludes sur les dérives sectaires, de 2003 à 2009, n’ont jamais établi aucun lien entre école à la maison et emprise sectaire : si certaines familles radicalisées déscolarisent leurs enfants, ce n’est pas pour autant qu’elles font l’instruction en famille.

Lors d’une visioconférence le 10 novembre dernier avec différentes associations engagées dans le maintien de la liberté de l’école à la maison, la question a été encore éludée par le conseiller spécial de Jean-Michel Blanquer, Richard Senghor, comme le rapportent les participants : « Le gouvernement a été dans l’incapacité de fournir des statistiques ou des preuves d’un lien autre qu’anecdotique entre les phénomènes de radicalisation et l’existence de la pratique réglementée et encadrée de l’instruction en famille. Il n’a pu que renvoyer aux chiffres à venir (!) de l’étude d’impact du projet de loi. Il n’a pu expliquer en quoi l’interdiction de l’IEF pourrait apporter une réponse à l’existence de formes clandestines d’« éducation » hors de tout contrôle de l’État. »

L’étude d’impact du gouvernement n’en pas dit plus.

Si l’étude d’impact donnée aux parlementaires n’en dit pas plus, le 15 janvier, la cheffe du Service central du renseignement territorial (SCRT) de la direction générale de la police nationale a déclaré en Commission spéciale : « Il est extrêmement compliqué, pour moi, de faire un lien direct entre l’augmentation du repli communautaire et l’augmentation de l’instruction à domicile ».

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